Santé & bien-être Bien-être Le diagnostic Feng Shui pour la santé du lieu et de l’habitant
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Le diagnostic Feng Shui pour la santé du lieu et de l'habitant

Entretien avec Marie-Pierre Dillenseger


Entretien

Responsable du Feng Shui Research Center France, Marie-Pierre Dillenseger  transmet depuis plus de dix ans les disciplines chinoises appliquées au temps et à l’espace. Notamment celle du Feng Shui classique, qu’elle met en œuvre comme outil complémentaire d’analyse des espaces, afin de proposer une lecture raisonnable et argumentée des lieux et des moments.

Personne ressource du groupe de travail Habitat, environnement et santé de Leroy Merlin Source, elle y apporte une lecture nouvelle des interactions du temps et de l’espace dans les lieux de vie et de travail, lecture au service d’une meilleure santé des habitants.

 

Comment, après un parcours dans les institutions culturelles françaises puis dans des sociétés américaines menant des projets de gestion de l’information, vous en êtes venue à vous intéresser au Feng Shui classique chinois ?

La culture chinoise a toujours fait partie de ma vie. Enfant j’ai été soignée par l’acupuncture. A dix-sept ans, j’ai découvert et lu avec avidité le Livre des transformations (ou Yi jing) qui est certes un livre de divination taoïste très ancien mais qui surtout propose à un occidental une lecture non linéaire du monde. La part irrationnelle de toute vie, de tout nouveau phénomène trouve sa place dans un décodage rationnel du monde. On y voit que la pensée chinoise se déploie sous formes d’analogies, riches de sens.

Mais à dire vrai, malgré cette proximité avec la culture chinoise, lorsque j’ai été pour la première fois témoin d’une analyse Feng Shui aux Etats-Unis, je m’étais dit aussitôt : « ils sont fous ces Américains ! » D’autant plus que le maître chinois qui avait mené cette analyse avait conseillé aux personnes des choses simples, presque anodines. Ces changements une fois réalisés ont eu un effet dans ce lieu. Je me suis alors demandé comment en savoir plus ? Mais au début des années 90 il n’existait rien : ni ouvrages, ni formation. A partir de 1995, j’ai perçu que tout ce que je pouvais lire sur le sujet ne correspondait pas à ce que je comprenais de manière intuitive. J’ai donc souhaité aller à la source de ce savoir très ancien.

Vous débutez alors, parallèlement à votre activité professionnelle, une formation avec un maître du Feng Shui, en exil à Toronto.

Maître Joseph Yu dont j’ai suivi l’enseignement, est né en 1944. Il a été professeur de mathématique à Hong Kong. C’est un homme rigoureux et rationnel qui a décidé que son chemin de vie était de tirer le vrai du faux dans le savoir Feng Shui et de le sauver alors que la révolution culturelle l’avait balayé comme superstition. Tout son effort a donc porté sur une relecture de la tradition du Feng Shui à partir de sa grille de lecture de mathématicien. Il a aussi eu le souhait de transmettre hors de Chine ce savoir pour éviter sa disparition complète.

Le Feng Shui a souvent mauvaise presse, entre attitude new age et simple effet décoratif, porteur effectivement de toutes les superstitions. Avez-vous éprouvé des doutes lors de votre formation ?

Bien sûr que l’on se pose la question : le Feng Shui est-il une superstition ? Mais j’avais constaté aux Etats-Unis une amélioration réelle du lieu analysé par cette technique. De mon côté, je voulais acquérir un outil qui me rende plus efficace dans mon activité professionnelle. Mon premier objectif n’était donc pas tellement centré sur la question du lieu, davantage sur une dynamique d’optimisation des projets sur lesquels j’intervenais. Mais il est impossible de pratiquer le Feng Shui classique sans bien connaître l’astrologie chinoise afin de dresser la carte énergétique des lieux et de leurs « propriétaires ». Je m’y suis donc formée malgré mon rejet du déterminisme et de l’ésotérisme. J’ai découvert dans cet apprentissage la force de mes préjugés et une grille d’analyse puissante !

Dans la pensée chinoise, projet et lieu de réalisation du projet sont indissociables. Quel est le rôle du Feng Shui ?

La tradition occidentale et plus particulièrement la tradition philosophique française, à travers Descartes, fait reposer le succès de toute entreprise sur l’individu, un  individu qui pense que tout est possible à partir de sa seule volonté. Dans la pensée chinoise, trois facteurs vont contribuer à la réussite d’un projet : le facteur individuel (qui compte pour 20%), le facteur spatial (30%), le facteur temporel (pour 50%). Ce dernier facteur désigne pour les Chinois les caractéristiques énergétiques du moment de naissance de chaque individu. Il est le déploiement de l’énergie vitale dans le temps. Il est donc essentiel de faire alliance avec ce facteur, notamment en développant ses compétences personnelles. D’où le rôle de l’astrologie qui propose une lecture des potentiels de chacun, potentiels qui seront optimisés ou ralentis par certaines configurations d’espace. Nous connaissons tous des personnes qui emménagent dans un nouveau lieu et s’en trouvent mal sans pouvoir en formuler la raison. La conjonction facteur individuel / facteur spatial / facteur temporel ne leur est pas favorable. Alors que ce lieu sera positif pour d’autres. Il n’y a donc pas de fatalité. Simplement ( !), un patient travail de décodage des motivations et possibles de chacun et une analyse de l’organisation des lieux en vue du projet à réaliser.

Quelles sont les demandes d’intervention qui vous sont faîtes et comment y répondez-vous ?

Tout d’abord, je n’interviens pas pour les analyses dites de confort, du style « mon appartement est-il Feng shui ? » ! Pour éliminer ce type de « fausse » demande, j’essaye de comprendre quelles sont les motivations véritables  de mon interlocuteur. Quelle est la problématique ? S’agit-il bien d’une problématique de lieu (déménagement, emménagement, extension, construction, rénovation, etc.) ? Si je comprends que tout va bien, je dis simplement à la personne de ne rien changer. S’il ne s’agit pas d’une problématique de lieu, j’essaye d’aiguiller la personne vers d’autres professionnels. Par exemple si une personne me dit mal dormir et que je découvre que sa literie à plus de dix ou quinze ans, je lui conseille d’abord d’en changer. Je ne prends jamais la place de l’architecte du médecin, du revendeur de matelas ou du plombier ! Ce travail préalable d’écoute de la demande et de filtre est très important car le Feng Shui est une technique d’analyse subtile et impliquante pour le demandeur.

Vous intervenez en ce moment auprès de professionnels de santé (dirigeants de laboratoire d’analyse ou de centre de santé). Comment établissez-vous un diagnostic Feng Shui pour ces lieux de travail ?

Le diagnostic est établi de manière très classique : analyse du besoin et du lieu, établissement d’un diagnostic, recommandations, validation des changements réalisés. Une analyse juste de l’existant est primordiale. Je commence par travailler sur les plans d’architecte du lieu. Ce travail préparatoire me permet d’identifier les ouvertures, les flux pénétrants, les croisements (qui sont des lieux stratégiques à repérer). Enfin je calcule le centre de gravité du lieu, qui doit idéalement se trouver au centre mais qui se trouve souvent déplacé en raison de modifications successives (extensions, rajouts, reconfigurations, etc.). Ce travail à la table permet d’ébaucher une première analyse des formes subtiles du lieu. Durant ce même moment, je dresse la carte énergétique du « capitaine » du lieu : le chef d’entreprise ou les associés qui ont la responsabilité de l’entreprise. Dans le cas d’une famille, je dresse la carte énergétique de tous les membres qui la composent.

Suite à ce travail préparatoire, que vous apporte la visite sur place ?

Des découvertes d’abord ! Il arrive que les personnes vous donnent un plan qui ne correspond pas aux lieux concrets. Et ils ne mesurent pas l’écart qu’il y a entre le plan qu’ils ont investi et le lieu réel de travail et de vie. Cette visite dure une demi-journée et demande une forte participation de la personne demandeuse. Je commence par avec eux faire le tour des lieux avec une boussole pour un relevé d’orientation. Nous mettons ensuite en relation plan et lieu réel. Je repère aussi les non-lieux. Dans la pensée chinoise, ces non-lieux sont très importants car ils réduisent l’espace dont les personnes disposent. Ce sont des débarras, des locaux techniques transformés, des réserves, etc. Par ailleurs, la pensée Feng shui envisage les lieux de vie comme des organismes dont certaines parties s’encrassent. Ainsi le non-lieu est un espace mort car inoccupé. Il peut gangréner les espaces vitaux. Aussi, j’encourage toujours mes clients à repérer ces lieux et à trier les papiers et archives qu’ils y entreposent. Ensuite je dresse une liste de l’ensemble des espaces bloqués par des meubles.

Enfin, la carte énergétique du lieu dressée (carte qui prend en compte l’environnement immédiat du lieu : proximité d’une tour, d’un parc ou d’un ensemble d’habitation), j’en fais une lecture à chaud avec les personnes concernées. Ce regard d’épervier sur le lieu et son environnement permet à mes clients de prendre conscience de la dimension véritable de leur espace et de ses interactions avec l’extérieur. Et de mieux harmoniser directions énergétiques et activités. Pour chaque direction et segments défini sur le plan, j’analyse le potentiel relationnel et santé, le potentiel d’activité (que les Chinois désignent sous le terme de prospérité) et l’impact du temporel (là où il est le plus urgent d’agir pour enclencher un retour à l’équilibre favorable aux personnes).

Vous dîtes : « mon action vise à redonner au lieu tout son potentiel ». Qu’est-ce que cela entraîne pour les personnes qui font appel à vous pour le réaménagement d’un lieu de travail ?

Il y a plusieurs démarches, qui ne sont pas forcément toutes nécessaires. Tout d’abord l’harmonisation des destinations des pièces et des fonctions qu’elles sont censées accueillir. Puis, des recommandations touchant aux choix des matériaux à utiliser dans le cadre d’une rénovation, la distribution des couleurs, les formes des mobiliers. Le discours du Feng Shui et mes analyses visent à l’équilibre et à l’optimisation des potentiels, pas à l’esthétique. D’ailleurs, sur la base de mes recommandations, mes clients font souvent appel ensuite à un architecte ou à un décorateur.

Vous avez participé à plusieurs chantiers de construction, en relation étroite avec des architectes. Comment cela se passe-t-il ?

Ma première intervention concerne le placement optimum du bâtiment sur le terrain choisi, si ce dernier convient. Puis, en fonction des besoins du client, j’interviens une seconde fois au stade des ébauches en communiquant à l’architecte les mots-clés des cartes énergétiques des personnes qui vont vivre ou travailler dans ce lieu. Ces mots clés vont concerner les matériaux à utiliser à l’intérieur comme à l’extérieur et les formes favorables à la personne. Il se peut qu’il y ait des contraintes extérieures contraires à l’énergie de la personne, par exemple lorsque les formes architecturales du lieu sont prédéfinies par une tradition locale. Il faut donc tente de proposer des accommodements. Il en va de même pour le positionnement du bâtiment face à une « vue » qui peut être contraire : il me revient alors de décoder et d’expliquer les oppositions analysées et de négocier le placement optimum du bâtiment avec le futur habitant et l’architecte.

Lorsque le projet se précise, comme dans un lieu déjà bâti, je calcule sur plan le centre de gravité du futur bâtiment. L’enjeu des architectes est souvent de produire une forme équilibrée qui ne soit ni un carré ni un rectangle ! Mon conseil est alors de faire en sorte que le centre de gravité ne tombe ni dans un local technique (chauffage, aspiration) ni dans le local poubelle ou le garage ! C’est cette attention à ce type de détail qui fait que le projet final va au-delà d’une conception de simple bon sens.

Lorsque le projet finalisé par l’architecte et moi est accepté, j’interviens à nouveau au moment du tracé concret et de la réalisation des fondations. Car il arrive parfois un écart entre ce qui a été donné sur plan et l’implantation réelle. L’autre étape importante est celle des ouvertures qui vont générer les flux entrants et sortants. Les personnes les visualisent rarement avant que le bâtiment ne soit terminé et c’est alors trop tard. Leur définition est pourtant essentielle pour l’ancrage du lieu, en lien avec l’extérieur. Je suis aussi très attentive aux cheminements, notamment d’entrée dans le lieu qui doivent favoriser la transition entre deux espaces aux fonctions très différentes (travail et chez soi par exemple). Enfin, tout comme les ouvertures, les seuils sont très importants. J’essaye de concevoir des lieux de transition non abrupts (porches, vestibules, etc.) mais dont la fonction est clairement posée. Les occidentaux se satisfont de la discontinuité et de la brutalité des ruptures des cheminements. Mon travail est de rétablir de la continuité.

Enfin, les Français demandent de la lumière. Certains architectes multiplient les surfaces vitrées. Qu’en pensez-vous ?

Il y a trop de surface vitrée dans les maisons moderne ! Cette exposition au vide et à la lumière provoque une instabilité intérieure : on ne saurait pas comment se comporter dans une maison de verre ! La pensée du Feng Shui demande de trouver un juste équilibre entre l’énergie Yin (donnée par les murs, solides non transparents) et l’énergie yang apportée par les ouvertures. Les recommandations et solutions que j’apporte visent à mettre les habitants d’un lieu ou les gens qui y travaillent en position de force. Car les lieux ne sont pas seulement des refuges ou des coquilles inertes. Ils communiquent une part de leur énergie aux humains. Les lieux que nous habitons sont des champs de bataille énergétiques. Nous devons donc apprendre l’art de la guerre qui nous permettra de remporter des victoires. C’est ce que propose le Feng Shui.

Glossaire
Par temps, nous entendons aussi bien le moment d’un changement de carrière, l’année d’acquisition d’un bien, le mois de lancement d’un produit, le choix d’une date de réunion, de démarrage de travaux ou d’un déménagement, etc.
Par lieu, nous entendons tout bâtiment, qu’il s’agisse d’une maison, d’un bureau, d’un site industriel ou commercial, d’une salle de réunion ou d’une zone d’accueil du public, etc.
(Extraits du site Powerspaces)
Renseignements sur Powerspaces.com

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